Mes recos pour du bon porno féministe

Pourquoi regarder du porno féministe ?

Dans son documentaire d’investigation Pornocratie, Ovidie révélait déjà, en 2017, un paradoxe majeur : alors que le porno est en pleine expansion sur Internet (où il consommerait pas loin de 30 % de la bande passante !), les conditions de production du X se sont effondrées, et les actrices en sont les premières victimes. Ovidie montrait comment ce bouleversement majeur dans l’industrie du X est lié à l’arrivée des tubes (YouPorn, Pornhub, xHamster, etc.). Créées par des geeks pour faire du fric, ces plateformes rémunérées par la publicité mettent en ligne des vidéos gratuites en illimité, le plus souvent piratées, dans l’anarchie la plus totale. Pornocratie démontrait par A + B que :

Consommer du porno gratuit, au prétexte que « ça ne coûte rien » et que « tout le monde fait ça », encourage un système injuste et maltraitant.

Le livre de Robin d’Angelo Judy, Lola, Sofia et moi a enfoncé le clou l’année suivante : pendant un an, Robin a infiltré le milieu du porno amateur, incarné en France par Jacquie & Michel, et a dévoilé l'absence récurrente de consentement sur les tournages… Une enquête qui levait pourtant à peine le voile sur une affaire tentaculaire mêlant viols en réunion et traite d’êtres humains :  “l’affaire Pascal OP”.

Heureusement : le porno n’est pas fatalement une usine à clics, une machine à abîmer les gens.

Des prods, des réals s’engagent concrètement, pour que toutes les personnes qui s’impliquent sur le tournage (à commencer par les actrices et les acteurs) travaillent dans de bonnes conditions.

Ça passe par une rémunération décente, une ambiance de respect et de bienveillance sur leurs tournages.

Ça s’appelle : le porno éthique, le porno alternatif, le post-porn, l’alt-porn… le porno féministe.

Les réalisatrices qui se réclament du porno féministe ont choisi de mettre le plaisir féminin au centre de leurs films. Elles s’appellent Ovidie, Erika Lust, Paulita Papel, Shine Louise Houston, Poppy Sanchez. Avant elles il y a eu Annie Sprinkle, Petra Joy, Candida Royalle. Les scènes qu’elles tournent ne reposent pas sur le sempiternel tiercé phallocentré fellation-pénétration-éjaculation, ni sur une surenchère dans la violence pour la violence. Le porno féministe, ce n’est pas gnangnan ni “sexe vanille” pour autant. Les jeux de domination et de soumission y ont leur place. Pour que le film vienne encourager une culture du consentement dans notre intimité, les règles de ces jeux plus ou moins hard sont explicitées devant la caméra, les performers clarifient pour leur audience leur consentement avant de s’adonner à leurs fantasmes et après la fin de la scène.

Moi, j’y crois !

J’ai décidé de créer des contenus sexuellement explicites parce que j’ai la foi ! Je crois que la pornographie peut être belle. Je suis convaincue que plus on montre le plaisir des femmes, la libido des femmes aussi (avec ses hauts et ses bas), plus les femmes se sentent légitimes comme sujets de désir. La variété des corps doit être montrée pour ouvrir le champ des possibles. La sexualité des femmes n’est pas une honte, elle n’est pas non plus l’endroit où devrait se nicher l’honneur des hommes.

La sexualité féminine est magnifique, elle est force de vie et j’ai envie de faire passer ce message. 

Si je me suis mise à faire du porno féministe, c’est parce que j’ai un combat à livrer. Et je ne suis pas seule dans ce combat ! On est plein à proposer une révolution des représentations du sexe. 

Où regarder du bon porno féministe ?

Tous les moyens pour mettre en œuvre les valeurs féministes ont un coût : celui d’une juste rémunération des performers et des équipes, de la présence d’une coordinatrice d’intimité sur le tournage… Les plateformes de porno féministe sont donc payantes. 

Comme le sexe reste un sujet tabou, trop de gens ne veulent pas payer pour en regarder – d’autant plus qu’il y a des images de sexe gratuites à portée de clic.

Moins l’argent circule vers les réalisatrices engagées, moins les créatrices de porno féministe peuvent tourner (pour ma part je n’ai pas tourné depuis 2019 !)… et moins on a de représentations disponibles de corps pluriels, de rapports où le consentement est central… C’est un cercle vicieux.

Bref, regarder du porno féministe, c’est comme toute consommation éthique : ça a un coût. 

Il y a plein de sites sur lesquels vous pouvez soit vous abonner, soit acheter en VOD. Mon préféré, celui que je vous recommande les yeux fermés (0 sponsoring !) parce que c’est celui que j’utilise quand je regarde du porno c’est https://pinklabel.tv/.

Vous pourrez y voir certains de mes films préférés, notamment :

"How To Be A Sex Goddess In 101 Easy Steps" d'Annie Sprinkle

Ce film d'Annie Sprinkle et Maria Beatty produit par Candida Royalle explore le plaisir féminin avec beaucoup d'humour et beaucoup de sagesse à la fois. Campée devant un fond vert qui va en voir de toutes les couleurs, Annie Sprinkle nous propose de maximiser notre potentiel de jouissance en les suivant, elle et ses 'facilitatrices de transformation', dans ce guide vidéo d'une heure.

Le voyage commence avec des rituels de préparation, masques de beauté, perruques, maquillages, tenues... mais attention, le rituel n'enferme pas, il est ici profondément émancipateur. Le maquillage peut être barbouillage, la coiffure joue avec les poils pubiens, les tenues vont de la dominatrice au drag king en passant par la cow girl. Et si on préfère, on peut opter pour des peintures corporelles à base de sang menstruel.

Annie Sprinkle nous souffle à l'oreille que qui que nous soyons, cette personne est la bienvenue et mérite que l'on prenne soin d'elle. Puis des exercices de respiration, de danse, des échauffements vocaux préparent au plaisir sexuel. Derrière la fantaisie jubilatoire de ses 'déesses' et 'salopes', Annie Sprinkle pose dans ce film des bases essentielles : le genre est une performance. La sexualité commence avec soi-même.

Chaque femme a des besoins différents. Le sexe doit être safe. Le savoir sur la sexualité féminine a été réprimé, perdu, il est temps de se le réapproprier. Et de se réapproprier nos orgasmes. Un beau programme !

Si comme moi vous êtes fan d’Annie Sprinkle, vous pouvez louer ses films directement sur son site.

"The 36-Year-Old Virgin" de Skyler Braeden Fox

Film que j’ai projeté à l’Étrange festival, récemment ! Je l’adore.

Skyler, un homme trans de 36 ans, souhaite expérimenter pour la première fois le sexe pénétratif avec un homme cis. Il voudrait vivre un rapport 'traditionnel' en somme, pénis / vagin, celui dont on nous rebat les oreilles. Quand le jour J arrive, Skyler a choisi Bishop Black pour vivre ce moment. Mais aussi Sadie Lune, son amie, qui va rester à ses côtés pendant la relation sexuelle, et lui tenir la main (littéralement).

Finalement, les choses ne se passent pas comme prévu, car du fantasme à la réalisation, il y a un monde d'émotions. En l'occurrence, là, il y a blocage, et Skyler ne va pas tourner le porno escompté. Mais c'est justement ça qui est précieux : voir un porno qui ne filme pas ce qu'il était censé filmer. Et qui s'arrête en cours de route pour s'interroger.

En dehors de mes recos, le site Pink Label est tellement parfait qu’il vous fait des playlists de porno par thèmes. Vous pouvez visionner tous les lauréats d’un Feminist Porn Award entre 2006 et 2015 (oui c’est spécifique !!) , des pornos qui montrent des corps gros avec amour, des pornos queer, des pornos solo...

Bon, forcément, je vous recommande un de mes films !

“Don’t Call Me a Dick”, d’Olympe de Gê

Dick, cunt, ass hole... Pourquoi ces mots sont-ils des insultes, alors qu’ils désignent des parties du corps qui peuvent nous offrir des merveilles de plaisir ? Don't Call Me A Dick est une invitation poétique à ré imaginer le sexe filmé. Sans tabou ni sensationnalisme, ce film tourné en macro et en ultra slow mo ( jusqu'à 1000 ips !) offre un nouveau regard sur la beauté du sexe en général, et des sexes en particulier. Vous pouvez le voir ici.

Bonus :

J’aime beaucoup le film très léché de Matt Lambert : Flower qui contient une scène incroyable de karaoké-bite. L’image est superbe, c’est filmé comme un clip gros budget, mais c’est une bande de performers des studios Helix qui se retrouvent ensemble pour une soirée et font un peu ce qu’ils veulent, ils sautent sur les lits, se branlent, dans une lumière dorée. Malheureusement, c’est comme Pornocratie, maintenant ce court est introuvable, et je ne sais pas où vous proposer de le visionner.

Pourquoi regarder des longs métrages pornographiques ?

Je veux aussi vous conseiller des longs métrages. Parce que c’est un format qui permet de s’émouvoir et de s’exciter avec de vrais personnages, pas seulement avec des corps. Et puis aussi parce qu..

Un format long a le pouvoir de vous emmener, de vous surprendre !

De vous apprendre quelque chose sur ce qui vous plaît. On sort des scènes balisées par les hashtags qu’on consomme comme on fait ses courses dans un hypermarché. Dans un long métrage, au fil de l’histoire, tout devient possible, votre libido peut se laisser étonner, réjouir, par des corps, des situations, des mots insoupçonnés.

C’est en sortant des algorithmes et des #, en se laissant emmener, qu’on ouvre ses horizons sexuels !

Je commence par une reco pas franchement féministe… Mais que j’affectionne quand même beaucoup !

"Derrière la porte verte" de Jim et Artie Mitchell

Alors attention : il faut replacer ce film dans son contexte : les années 70. À bien des égards, il ne reflète pas ce qu'on attendrait d'un porno progressiste aujourd'hui. Déjà, ça commence mal, l'héroïne est kidnappée, et amenée dans une sorte de fête païenne d'où elle n'a aucun moyen de s'échapper. Bingo, culture du viol.

C'était apparemment à l'époque la seule façon dont des réalisateurs (les Mitchell brothers) pouvaient imaginer inciter une jeune femme à se 'laisser totalement aller'. Très vite, seconde crispation : le film fétichise le corps noir de l'acteur principal, Johnnie Keyes : affublé d'un lourd collier tribal, le performer porte un Long John découpé à l'entrejambe qui met en valeur son pénis, semblant le réduire à cet attribut.

Néanmoins, je pense qu'il faut avoir l'humilité en 2020 de réaliser qu'on a beau s'éduquer sur les dynamiques oppressives, et être aussi éclairé·e et militant·e que possible, il y a de fortes chances que dans 50 ans, la prochaine génération frémisse à son tour d'horreur devant les images que nous créons de notre mieux aujourd'hui. Et tant mieux.

Cela voudra dire qu'on aura significativement avancé, d'une façon que nous n'arrivons pas forcément encore à entrevoir aujourd'hui. J'ai donc envie de rendre hommage à ce film, malgré ses fondements agaçants, pour son extraordinaire inventivité visuelle. Les images cherchent à exprimer la jouissance sexuelle de façon novatrice, en sortant des gros plans plan-plan sur les visages qui se tordent, les doigts qui attrapent les draps, etc...

Ça rappelle un peu Ingmar Bergman, avec les aplats de couleurs franches, avant de partir dans l'expérimental, avec une scène d'éjaculations finales complètement psychédélique.

Et puis mon long métrage, bien sûr !

“Une dernière fois”, d’Olympe de Gê

On passe des mois, voire des années à se préparer à sa première fois. Pourquoi pas à sa dernière ? Salomé est une femme épanouie de 69 ans, qui refuse de vieillir plus avant dans cette société qui fait aussi peu attention aux personnes âgées. Elle a programmé le moment de sa mort. Le sexe a toujours eu une importance capitale pour elle. En attendant son départ, elle se consacre donc à prévoir la dernière fois qu’elle fera l’amour. Sous l’œil complice de la caméra de Sandra, elle organise chez elle un casting de prétendant.e.s et de prétendants… Et vous pouvez le voir ici !

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